Thème transverse
Instabilités mécaniques et risques géophysiques associés
Animateur : Jean Schmittbuhl
Il s'agit de former un groupe de travail visant à mieux comprendre
les processus fondamentaux (e.g. frottement, fracture, compaction,
glissement de pente, rhéologie des milieux granulaires, rôle des fluides etc)
impliqués dans les instabilités mécaniques comme les séismes ou les
instabilités de pente, et ce à plusieurs échelles : du laboratoire aux
échelles du terrain (sismologie, mesures satellitaires, etc) en passant
par les résultats de forage (Soultz-sous-Forêt, Corinthe, etc). La
perspective scientifique est d'arriver à une meilleure compréhension
des risques sismiques et gravitaires avec en particulier la recherche
d'observables pertinentes pour la description de l'initiation ou de la
nucléation des instabilités et donc pour leur prévision.
Un lien entre séisme et instabilité de pente est à rechercher dans la
similitude des processus en jeu lors de l'initiation : problème d'interface,
loi de frottement, sensibilité aux hétérogénéités, influence des fluctuations
du chargement, rôle des fluides, présence de milieux granulaires, outils
d'observation, recherche de signaux précurseurs "distants" etc.
Trois grands axes de travail pourront être proposés :
1. Les interfaces
Les instabilités mécaniques aboutissent ou naissent lors d'une localisation
de la déformation et donc sont fortement liées à l'apparition ou à
l'existence d'interfaces. Plusieurs questions sont très ouvertes: Quelles
sont les géométries de ces interfaces ? Que peut-on apprendre à partir de
leur analyse sur l'histoire mécanique ? Quels sont les liens entre les
interfaces géologiques observées (i.e. géométriques) et les interfaces
mécaniques (introduites dans les modèles) ? Existe-t-il des interfaces
effectives à géométrie simple ? Quelles sont les différences entre la
géométrie de l'interface observée (i.e. en condition de surface libre)
et celle sous charge (à plusieurs kilomètres de profondeur) ? Quel est
le lien entre une aspérité géométrique et une aspérité en contrainte ?
Existe-t-il vraiment une seule interface ? Quelle est l'épaisseur des
interfaces ? Ont-elles un volume ? Le matériau le long de l'interface
est-il le même que celui dans le volume ? Que sont les gouges de faille
? Existe-t-il des fluides, circulent-ils ? Ont-ils une influence sur la
géométrie de l'interface, sur son état de contrainte ?
2. Les hétérogénéités
Au seuil d'instabilité, les hétérogénéités du milieu sont particulièrement
importantes. En effet, l'évolution du système devient particulièrement
sensible aux perturbations. Les questions sont donc: comment décrire
les hétérogénéités du milieu: les hétérogénéités géométriques, les
hétérogénéités de glissement, les hétérogénéités de contraintes, de
pression de fluide ? Quelle est la part entre les hétérogénéités
dynamiques, i.e. créer par les processus en jeu lors des évènements,
et celles liées à la structure du milieu ? Quels sont les outils pour
les voir (champ proche, micro-sismicité, tomographie, interférométrie,
inversion GPS, mesures électriques, forages, expériences de laboratoire
sur modèles réduits (imagerie acoustique, photo-élasticité, mesure de
champ de déformation), etc)? Quelles sont les hétérogénéités pertinentes
pour la stabilité mécanique ? Quelle est l'importance des petites échelles
? Quelles différences apparaissent suivant l'échelle d'observation ?
Quelle est l'évolution en temps des hétérogénéités ? Existe-t-il des
échelles et des temps caractéristiques ? Peut-on toujours définir un
volume élémentaire représentatif ? Quelles sont les limites des approches
d'homogénéisation en particulier pour des milieux comportant des hétérogénéités
invariantes d'échelle ? L'hétérogénéité peut aussi provenir de l'aspect discret
du milieu, i.e. milieu granulaire. Quels champs de contraintes dans un milieu
granulaire ? Quels réseaux de force ? Quelles fonctions d'influence élastique
(i.e. fonction de Green) dans un milieu granulaire ? Quel lien entre un milieu
continu et un milieu discret ? Une interface comme un plan de glissement
est-elle continue ou discrète (gouge, blocs, problèmes d'échelle)?
3. Les processus mécaniques
Un travail important concerne l'identification des processus majeurs responsables
des instabilités. Dans ce cadre, on peut se demander quelle est la part entre les
processus de volume: fracturation, compaction, rhéologie (e.g. poro-élasticité),
effets thermiques, effets gravitaires, etc, par rapport à ceux d'interface comme
le frottement. Pour tous ces phénomènes, il s'agit de comprendre le rôle des
hétérogénéités, de la géométrie, de l'existence d'interfaces préexistantes.
Comment se fait la fracturation en milieu hétérogène? Quelle loi de frottement
(en glissement, en vitesse, à variable d'état)? Quelle importance de l'épaisseur
de l'interface dans le processus de frottement ? Tout un axe de recherche peut
se faire sur les processus de couplages des petites échelles lors de la mise en
jeu de chacun des phénomènes mentionnés. Les phénomènes de nucléation sont-ils
des processus de « synchronisation », de couplage sur de grandes échelles des
petites perturbations locales ? Dans cette perspective, existe-il des outils pour
suivre ces processus de couplage: évolution des tailles de corrélation, construction
d'amas, changement des tailles caractéristiques, croissance des tailles de nucléation,
évolution de la texture, évolution des hétérogénéités des champs de contraintes,
etc ? Il est important aussi de caractériser les temps caractéristiques pour voir
si des processus de nucléation lente existent avant une phase dynamique de l'instabilité.
En effet, de tels processus lents sont les meilleurs candidats pour une prévision
efficace. Tout un travail concerne la signature de ces phénomènes dans les signaux
des outils classiquement utilisés, en particulier sismiques. Le dernier aspect
concerne les fluctuations temporelles du chargement: que ce passe-t-il lorsque le
chargement mécanique présente d'importantes variations (e.g. perturbation de
contraintes résultant d'évènements distants, fluctuations de la charge hydrique
pour les problèmes gravitaires, etc). Ces perturbations temporelles sont elles
les principaux moteurs de l'initiation des instabilités ?
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